De Oulan-Bator à Merida

Ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de faire une entrevue avec une chercheuse mongolienne lorsqu’on travaille comme journaliste scientifique au Québec. Dans mon cas, c’était même la première fois. Je ne suis pas tombée sur n’import qui ! La chercheuse que j’ai rencontrée est l’une des plus renommées de la Mongolie.

Oyuntogos Lkhasuren participe ces jours-ci au Forum international Écosanté, qui se tient à Merida, au Mexique. Près de 700 participants des quatre coins du monde sont réunis pour discuter des liens inextricables qui sous-tendent les problèmes environnementaux et de santé, et pour explorer des pistes de solutions. Des experts du Mexique bien sûr, mais aussi du Brésil, de l’Équateur, d’Afrique du Sud, d’Inde, du Canada… et Oyuntogos.

À Oulan-Bator, capitale de la Mongolie, cette femme en apparence toute délicate, a entrepris une révolution monstre. Grâce au poids de ses recherches, elle a convaincu les propriétaires des tanneries, installées en périphérie de la ville, de traiter les eaux usées de leurs installations.

«Les effluents contenaient de fortes concentrations de chrome, entre autres. Plusieurs se déversent dans des cours d’eau utilisés pour la baignade. Ces plans d’eau servent aussi, dans certains cas, à abreuver le bétail.» Les effluents contaminés mettaient aussi en péril le système de filtration biologique de la station d’épuration de la ville.

En Mongolie, les tanneries jouent un rôle indispensable, là où l’emploi se fait rare. «Les propriétaires m’ont très mal accueillie au début», admet Oyuntogos. Elle a tenu son bout du bâton. Le traitement des effluents aqueux a maintenant force de loi.

Oyuntogos n’allait pas s’arrêter sur une si belle lancée. Elle a travaillé en collaboration avec les représentants des ministères du travail, de la santé et de l’environnement (il existe parfois une seule ressource par ministère en ce pays de 2,6 millions d’habitants). Elle a réussi à faire hausser le montant des amendes infligées aux entreprises délinquantes en matière de santé et sécurité au travail.

Elle a aussi travaillé avec les gestionnaires des tanneries (qui la voient maintenant comme une partenaire incontournable) pour inciter les travailleurs à porter des équipements de protection personnelle. «Autrement, ils respirent des produits chimiques toute la journée», explique-t-elle.

La chercheuse admet que tous les problèmes ne sont pas réglés. «C’est une chose de faire changer la loi, c’en est une autre de s’assurer qu’elle est mise en application.» Les travailleurs subiront bientôt des tests de santé pour mesurer l’impact des changements.

Déjà récipiendaire du prix de la meilleure équipe de recherche, décerné par l’université de la Mongolie, Oyuntogos Lkhasuren sera honorée ce soir par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) dans le cadre du Forum, en compagnie de quatre autres femmes d’exception dans le domaine de l’écosanté.